Les monuments aux morts de Guissény

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. PDFImprimerEnvoyer

Les monuments aux morts de Guissény

 

1. Le Monument aux Morts communal

Le mercredi 12 mars 2008 s’est éteint, à l’âge de 110 ans, Lazare Ponticelli, le dernier survivant français des « Poilus » de la « Grande Guerre » de 1914-1918. Immigré italien, il s’était engagé dans la Légion étrangère en août 1914 en « trichant sur son âge » puisque, né en décembre 1897, il n’avait que 16 ans. Il fut envoyé sur le front de l’Aisne où il fit preuve d’un courage exemplaire, avant de rejoindre l’Argonne et Verdun. Puis à partir de mai 1915, il entama une deuxième guerre dans l’armée italienne durant laquelle il fut blessé en Slovénie avant d’être démobilisé en 1920 et de rentrer en France.

« Avec la disparition du glorieux centenaire, le témoin capital d’un des plus grands procès de l’humanité s’évanouit. Il reste quelques souvenirs de transmission orale, des tonnes de documents et d’archives, des témoignages, des récits, des films et des romans » (Marc Dugain, auteur de La Chambre des Officiers).

Il nous reste aussi, dans chaque commune, le « Monument aux Morts » pour rappeler le souvenir de ces combattants. Le décès de Lazare Ponticelli était donc l’occasion de reprendre l’historique de l’origine des commémorations de la guerre et de l’érection du monument à Guissény. Malheureusement, ce monument d’hommage aux « poilus » de la « Grande Guerre » qui devait être la première et la dernière guerre mondiale s’est alourdi du souvenir des victimes de la Seconde Guerre mondiale, puis des guerres d’Indochine et d’Algérie.

Le 15 juillet 1918, le Préfet du Finistère adresse une lettre aux Maires du Département pour leur demander d’associer les écoles publiques au souvenir des victimes de la Première Guerre Mondiale en leur donnant le nom d’un ancien instituteur ou d’un ancien élève « mort au champ d’honneur » :

« Dans sa dernière session, le Conseil Général du Finistère a émis le vœu que les municipalités du département donnent aux Ecoles publiques le nom d’un Instituteur ou d’un Elève mort au Champ d’Honneur et qu’une plaque commémorative soit apposée à cet effet dans les salles de classes.

Je n’ai point besoin, Messieurs les Maires, d’insister sur le caractère hautement patriotique du vœu de l’Assemblée départementale. Il convient que les générations à venir n’oublient point l’agression soudaine et monstrueuse où notre indépendance s’est trouvée en péril et qu’elles gardent le souvenir des sacrifices et des souffrances dont la Patrie a dû acheter leur liberté et le triomphe du droit dans le monde.

Elles puiseront dans les exemples d’indomptable héroïsme de cette guerre sans précédent une fierté grave qui les animera à l’effort de travail et d’énergie que demandera le pays mutilé pour le relèvement de ses ruines et l’expansion de sa prospérité.

Et quel exemple parlera mieux aux enfants de ces écoles que celui du Maître que les aînés ont connu, qui était parti d’au milieu d’eux, dont ils avaient reçu les leçons et qui leur a laissé comme dernier enseignement le souvenir du sacrifice suprême accepté pour que la terre des aïeux reste libre et que la pensée française continue de rayonner parmi les nations.

Il y aura un jour chaque année dans l’école où le Maître parlera à ses élèves des Maîtres dont le nom sera gravé sur la plaque commémorative et en rappelant son souvenir, il évoquera la mémoire de tous ceux qui sont tombés pour la défense du pays.

Je suis persuadé que le Conseil municipal de votre Commune tiendra à l’honneur de s’associer à la pensée qui a guidé l’Assemblée départementale et à l’avance je lui en adresse mes remerciements ».

Le 7 septembre 1918, Monsieur le Maire de Guissény donne lecture de la lettre du préfet et le Conseil municipal, après en avoir délibéré, « décide de donner à l’école communale le nom d’un de ses membres Jean Breton, conseiller municipal, sergent au 19ème de ligne, mort au champ d’honneur, le 17 avril 1918 ».

 

C’est en 1921 que la municipalité de Guissény entreprend d’ériger un monument au mort. Le 9 février 1921, le Conseil municipal propose « qu’il sera utile pour se souvenir des morts pour la Patrie la construction d’un monument aux morts pour la Patrie ». Une commission est formée, « destinée à désigner l’emplacement de ce monument » : elle est composée de M. le Maire (Jean Louis Berthou), Le Menn Yves, Abiven François, Le Hir Jean-Baptiste, Cabon Jean-François.

Le 10 avril 1921, le Conseil municipal vote « un crédit de 5.465 Francs pour l’érection d’un monument aux morts pour la Patrie » : il décide de faire reporter sur l’exercice 1921 le crédit voté en 1920 (article 34 du budget additionnel) et « charge Monsieur le Maire de faire les démarches nécessaires pour faire agréer par Monsieur le Président de la République le projet d’érection d’un monument aux morts pour la Patrie ».

La commune fait une demande de subvention à l’Etat pour l’aider à financer la construction du monument mais se rend compte que les démarches administratives vont durer longtemps. Aussi le Conseil municipal décide que la Commune doit être capable de s’occuper toute seule du souvenir de ses morts et obtenir ainsi un résultat plus rapide.

Le 1er mai 1921, M. le Maire fait savoir au Conseil municipal que le Préfet du Finistère lui a demandé de « bien vouloir appuyer sa demande de crédit du plan du monument, du devis, du traité de gré à gré et d’une délibération, en double expédition, du Conseil municipal approuvant les plans et devis et autorisant le Maire à traiter de gré à gré pour l’exécution des travaux ».

Le Conseil municipal, après en avoir délibéré et après avoir entendu les membres de la commission chargée de l’érection du monument,

« . considérant que le monument projeté revêt à la fois un caractère patriotique et religieux et contribuera ainsi à perpétuer dans la commune, si cruellement éprouvée par la guerre, l’union sacrée ;

. considérant que la pose du sus-dit monument se fera dans une date très prochaine et qu’il importe en conséquence de voter dès que possible les crédits nécessaires pour son érection ;

. considérant d’autre part que la commune de Guissény se doit d’élever un monument digne de perpétuer le souvenir de ses enfants morts pour la France, sans recourir aux subsides de l’Etat, déjà si grevé ;

Décide :

1°) de maintenir le crédit de 5.465 Francs voté à la séance du 10 avril 1921 ;

2°) de voter le supplément de crédit de 5.000 Francs, nécessité par la hausse du prix des matériaux ;

3°) d’inviter à l’inauguration du monument aux morts pour la patrie les représentants de la République et de l’armée française, soit : M.M. le sous-préfet de Brest et le Préfet du 2ème arrondissement maritime ainsi que les Parlementaires ci-dessous désignés : M.M. Inizan, Balanant, Jadé, Simon, ainsi que Monsieur l’abbé Madec, ancien aumônier militaire, chevalier de la Légion d’Honneur, recteur de Goulven.

Le Conseil émet le vœu que les crédits ci-dessus indiqués, soient approuvés dans le plus bref délai par l’autorité préfectorale ».

[Ce dernier vœu est exaucé puisque l’autorisation du Préfet du Finistère pour le vote d’un crédit de 10.465 Francs est datée du 21 mai 1921].

Le monument aux morts est donc construit rapidement à partir de ces décisions du mois de mai puisqu’il est inauguré le 10 juillet 1921 selon l’article du journal « La Dépêche de Brest » :

"Dimanche 10 juillet 1921 a été inauguré le monument élevé par la commune à ses enfants morts pour la France au cours de la guerre. Ce beau monument, d’un très bel effet artistique, dû à l’habile sculpteur landernéen M. Donnart, s’élève à l’entrée du cimetière communal, et porte, gravés en lettres d’or, les noms et prénoms de chaque disparu.

A 9h45, le cortège, composé des pupilles de la nation, de délégations d’écoliers et d’anciens combattants, des fonctionnaires, du conseil municipal et d’une foule considérable, ayant à sa tête MM. Berthou, maire ; Le Menn et Squiban, adjoints ; MM. Inizan, député ; de Kerdrel, conseiller général, et Abjean, conseiller d’arrondissement, rehaussant la cérémonie de leur présence, se rendit à l’église qui, quoique vaste, se trouva trop petite pour recevoir la foule venue pour honorer ses héros.

A midi, un banquet des mieux servis réunit à l’hôtel Grignoux la municipalité, ses invités et nombre de souscripteurs. Au champagne, M. Inizan prononça un discours des plus applaudis.

A 17 heures, précédées d’un émouvant sermon patriotique de M. l’abbé Madec, recteur de Goulven et ancien aumônier du 2ème colonial, sermon qui fit couler bien des larmes, eurent lieu l’inauguration et la bénédiction du monument. M. Simon, recteur, fit l’appel des 104 glorieuses victimes de la commune, puis M. Inizan, dans un discours, en langue bretonne, exalta la bravoure et l’héroïsme du poilu français et particulièrement du soldat breton.

La cérémonie se termina par un poème de circonstance, récité par une gentille fillette.

Une nombreuse délégation de la section locale des médaillés militaires avait dans l’après-midi, déposé une magnifique couronne sur le monument ».

 

Cette inauguration est également racontée, dans leur journal de bord, par les religieuses de l’école Sainte-Jeanne-d’Arc : « Bénédiction du monument des morts pour la patrie. Ici encore on a recours aux religieuses pour le décor du monument. Enfin pour la grand’messe, tout est fini et nous assistons au défilé des parents des victimes de la guerre. Ils se rendent à l’église où l’on chante un service pour le repos de l’âme de leur fils. On voit d’abord deux à deux, les pères et frères, les petits garçons et filles orphelins de la guerre conduits par sœur Marie Herveline, l’instituteur n’ayant pas accepté d’accompagner les garçons, puis ensuite les mères et épouses. Tous prennent place auprès du catafalque. Après vêpres a lieu la bénédiction du monument. Après le discours de M. Inizan, député du Finistère, une petite fille de l’école remercie avec force nos vaillants défenseurs et sauveurs ».

Neuf ans plus tard, le 16 juillet 1930, les sœurs et leurs élèves doivent : « céder une partie de la tribune aux musiciens de Lesneven, venus pour la bénédiction du drapeau des Anciens Combattants. A la sortie de la messe, nous assistons au Libera, chanté près du monument des morts. En revenant des vêpres, nous restons écouter deux jolis morceaux exécutés par les musiciens de Lesneven ».


Le monument a été érigé à l’extrémité Est du cimetière en bordure du mur de l’enclos, près de l’entrée fermée à l’époque par une grille. La croix qui surmonte le monument est tournée vers le Nord, du côté de la rue principale du bourg.

Aux premières plaques portant les noms des victimes de la guerre de 1914-1918, sont venues ensuite se rajouter celles des victimes de la guerre 1939-1945, puis celles de la guerre d’Indochine et enfin celles de la guerre d’Algérie. Le 7 janvier 1964, M. le maire porte à la connaissance du Conseil Municipal que "les noms des morts pour la France pendant la guerre d’Indochine et pendant le maintien de l’ordre en Algérie, ne sont pas inscrits sur le monument". Le conseil vote une somme de 3.000 francs pour effectuer les travaux.

En janvier 1964, le Conseil municipal décide de travaux de remise en état du monument. Il est orienté désormais est-ouest et non plus nord-sud ; l’entrée de l’enclos est bien ouverte, dégageant devant le monument un espace pour les cérémonies de commémoration, notamment le 8 mai et le 11 novembre.

 

 

2. Le Monument aux Morts religieux (dans le porche nord)

Le monument du porche de l’église a été réalisé à l’initiative de l’Abbé Lespagnol, recteur de la paroisse et résistant pendant la guerre, par M. Fressinet, architecte, et M. Ruz, marbrier. Les victimes de la Seconde Guerre mondiale y sont présentées avec les noms, les dates et les photos.

En face se trouve les plaques des victimes de la Première Guerre mondiale. Ces Guisséniens, morts pour la France, sont placées de chaque côté de la statue de Saint Sezny qui est située au dessus de la porte d’entrée de l’église.

La statue est surmontée de l’inscription en Français : « A nos glorieux morts », tandis que les deux monuments aux morts sont surmontés d’une inscription en breton pour la Première Guerre :"Pedomp evit ar re a zo maro evidomp" ("Prions pour ceux qui sont morts pour nous") et en latin pour la seconde Guerre : "In memoriam erunt semper" ("Ils seront toujours dans notre mémoire").

 

 

3. Le Monument aux Morts du Collège Skol-an-Aod

(au bord de la baie de Tressény)

Le troisième monument aux morts de la commune concerne les anciens professeurs et élèves du collège Skol an Aod qui sont morts pour la France lors de la Seconde Guerre mondiale : « Requiescant in pace » (« Qu’ils reposent en paix »).

Suite à la fermeture du collège et à la vente d’une partie des bâtiments à une société privée, ce monument est désormais placé sur le front de mer et a été inauguré sur son nouvel emplacement lors ces cérémonies commémoratives du 8 mai 2008.